Blog personnel sur le wargame, jeux de sociétés, peinture et modélisme.
6 Juin 2024
Je sais, le titre est accrocheur. Et pourtant je n'ai pas honte en fait car je suis sûr que pour beaucoup de personnes qui passent sur ce blog, il existe un sentiment assez proche par rapport à ce jeu.
Cela explique aussi pourquoi j'ai tant de fois "arrêté" et que j'y suis toujours revenu, sous une forme ou une autre, un peu comme si j'essayais en vain d'arrêter la clope.
Merci à Brushclub et à sa vidéo, dont vous trouverez le lien en fin d'article, pour avoir apporté un éclairage nouveau sur cette question.
Tout d'abord, il y a un constat : je suis amoureux du lore de 40K. Le lore que j'ai découvert dans le codex V4, dans les années 90, avec ce monde glauque futuriste plein de possibilités de création et d'imagination, dark mais potentiellement aussi plein d'espoir et d'exploits.
J'en ai tiré une relation très personnel avec la faction de l'Imperium et le personnage de l'Empereur. J'adore la cohérence de l'univers Warhammer, sa profondeur, l'identité de ses factions.
Et, il faut avouer, comme pour beaucoup d'autres cette franchise est à la fois une madeleine de Proust et un refuge pendant les périodes difficiles, rassurante dans son contenu, sa légende mais aussi sa communauté qui me permet si souvent de trouver des gens qui partagent le même grain de folie.
Cette image et le diorama correspondant ont façonné ma vision du Monde de Warhammer - L'Empereur contre Horus et la chute de l'Ange
Cependant, je me trouve aujourd'hui face à une frustration que j'ai eu du mal à cadrer dans un hobby que j'adore. Je pense avoir compris mon soucis : le deuil d'un jeu qui ne pourra plus me correspondre bien que je l'adore toujours autant.
Pourquoi ? C'est le résultat de plusieurs facteurs :
A) Instabilité du jeu du fait de sortie très (trop) fréquentes et de révolution de mes factions très (trop) fréquentes ;
B) Politique tarifaire
C) Utilisation à outrance des éditions limitées et du FAMO (Fear of missing out, peur de rater quelque chose)
D) Application d'une logique commerciale de rentabilité des licences (logique mais qui change nécessairement les choix relatifs au jeu lui-même)
A) Instabilité du jeu
A nouveau, ce que je vais dire vient de la bouche d'un vieux qui a joué dans les années 90 où toute évolution de version prenait 5 à 10 ans et où les évolutions de gammes étaient économiquement très coûteuses.
Cependant, depuis une dizaine d'année et encore plus depuis 4/5 ans, je constate qu'il y a des "reveal" de nouvelles troupes armées chaque semaine. Des jeux non seulement évoluent mais peuvent être aussi tout simplement rayé du catalogue. Oui, je parle de Warhammer Fantasy Battle qui ressort aujourd'hui sous "The Old World".
Je pense aussi au changement d'échelle des troupes impériales et à l'arrivée des Primaris dont on savait tous qu'ils allaient supprimer à moyen terme les Space Marines. Ce qui arrive aujourd'hui avec l'apparition de Primaris terminators et la relégation de l'échelle de leurs ainés à la période de l'Hérésie d'Horus.
Ainsi, j'ai regretté que Gamesworkshop tire tout simplement un trait sur un grand nombre de figurines dans le lore en les relèguant, symboliquement, dans la catégorie "Legends". J'apprécie cependant le fait que GW ait pris la peine de créer des règles pour ces figurines, afin qu'elles restent jouables.
Il en résulte que lorsqu'on fait une partie tout les 6 mois, 2/3 parties par an, le jeu évolue à une vitesse folle qui permet mal de suivre les règles et, au delà, d'intégrer l'esprit, l'identité, le lore du jeu. En une dizaine d'année, le lore mais aussi la morphologie des armées a totalement évoluée. Ok, pas toutes les armées, petite pensée pour les Tau ...
C'est sans parler des édition de nouveaux jeux tous Azimut (legio imperialis, Necromunda, Team Kill, Heresy d'Horus, pour ne parler que des gammes W40k) dont il paraît assez évident qu'un certain nombre vont s'éteindre d'elle-même d'ici quelques années.
Logiquement, au bout d'un moment, le joueur occasionnel qui aime le lore et monter ses petites armées pour sa partie annuelle hésite à investir dans des troupes/unités qui seront potentiellement obsolètes ou rayés du lore quelques mois plus tard.
Cette conclusion s'applique d'ailleurs au lore lui même. Les livres sortent par dizaines voire centaines chaque année. Le lore évolue à une vitesse folle au fur et à mesures des extensions et versions de Warhammer 40K, de sorte qu'au bout d'un moment il est pour moi impossible de suivre : nulle part de résumé, de présentation des évolutions, d'un lore accessible.
B) La politique tarifaire
L'objectif de cette partie n'est pas de discuter des raisons de ces augmentations ou de leur caractère justifié. GW est un groupe mondial inscrit en bourse, sa raison d'être est le profit. Le jeu, son développement et la satisfaction des joueurs est un moyen, pas une fin.
Quoi qu'il en soit, la politique tarifaire a pour moi dépassé l'équilibre que j'attends pour rester dans ce hobby.
L'escoude de gardes impériaux coûte 40€, un commissaire 30€, un Leman Russ plastique 45€. Chez les Space Marines c'est pire, l'escouade primaris de 10 bonhommes est à 50€ et le tank de base à 70€ (repulsor).
Impossible de commencer une armée sans dépenser des centaines d'euros, pour une troupe et un tank.
Les boîtes d'armées nouvelles sortent en collector à prix fort, les boîtes starter à deux joueurs dépassent maintenant les 200€.
Seuls les patrouilles permettent, pour l'instant, par leur format de jeu adapté et le contenu des boîtes, d'avoir un noyau d'armé abordable, mais sans livre de règle et sans livre d'armée, ni dé ni règle ni décors ...
Jouer avec des figurines citadel est un hobby de luxe. Et il y a quelques semaines GW a annoncé une nouvelle augmentation de ses tarifs.
Si je dois être honnête, la question des tarifs est une arlésienne de ce hobby : je me rappelle avoir rédigé un article sur mon blog dans les années 2000 critiquant déjà le coût du hobby, j'étais étudiant à l'époque, et présentant des méthodes pour faire des moulages de figurines en plomb à moindre coût à la maison ... oui un vrai gangster. Si j'avais seulement su à l'époque ...
Heureusement, il existe des solutions pour limiter les coûts, plus ou moins légales selon les cas : le recast, l'impression 3D (des fichiers compatibles W40K voire parfois copies-conformes des figurines de GW sont facilement accessibles), utilisation de proxy d'autres marques.
Cependant ces solutions gardent toujours pour moi un goût amère, car je suis obligé d'aller voir ailleurs. J'ai adoré faire du kitbash, faire évoluer mes figurines, adapter des éléments en le trouvant en ligne.
C'est tout autre chose de se dire que je dois imprimer en 3D mon armée (ce qui prend du temps et de l'énergie en fait) parce que sinon je ne peux pas jouer comme je le souhaite. Et du coup je me pose la question : pourquoi continuer WH40K si de toute façon je suis contraint à aller chercher des figurines ailleurs ?
C) Utilisation à outrance des éditions limitées et du FAMO
Les points A et B doivent être lus en gardant le point C en tête : l'utilisation à outrance des éditions collectors, des sorties limitées dans le temps ou dans les stocks.
Au delà d'un renouvellement de gamme radical et à toute vitesse, GW utilise à outrance l'accès limité/collector pour pousser à l'achat et au renouvellement de l'achat, quand bien même vous auriez déjà une figurine équivalente.
Et ça marche économiquement, bien que pour moi cela a perdu toute accroche, au point de me détourner du jeu.
En effet, comme je le disais plus haut, il n'est plus possible de créer une armée dont on sait qu'elle va durer dans le temps et qu'on pourra la jouer dans un ou deux ans. Ou dix.
Il en va de même pour les collectors. Il y a 15 ans, il y avait une poignée de figurines collectors, avec un profil spécifique. Je pense notamment au Sergent Centurius de la Legion des damnés :
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Il y a eu aussi un mentor Kroot spécial GamesDay
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Ces figurines exclusives étaient rares, liées à un évènement et souvent aussi liées à un personnage en particulier.
Aujourd'hui, les collectors sont légions, ce sont des versions alternatives de troupes lambda (un lieutenant ou capitaine primaris, un sergent karskin) et disponible dans une boîte ... collector ou à tirage limité. La plupart des sorties sont épuisées en quelques heures ou quelques jours, que ce soit pour les figurines mais aussi pour les livres et les romans.
Le principal axe de communication est devenu : achetez vite avant qu'il n'y en ait plus.
Bien, pourquoi pas. C'est le côté addictif proche du jeu de casino. C'est moralement questionnable quand c'est utilisé comme stratégie commercial en toute connaissance de cause, mais c'est rentable.
Sauf qu'en ce qui me concerne, cette méthode commercial aggrave les problématiques exposées précédemment : tout étant exclusif, les prix augmentent alors que ces exclusivités seront oubliées aussi vite qu'elles sont sorties, surtout si comme moi vous faites vos une à deux parties annuelles. En plus, je n'ai en tant que joueur jamais de visibilité globale sur la faction afin de déterminer ce qui est le plus beau/efficace/logique d'acheter, l'argument de vente étant "c'est beau, c'est neuf et c'est rare".
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D) Politique de développement commercial tous azimut
Ce dernier point est plus un élément de cadrage qui tend à démontrer que la stratégie actuelle de GW ne peut que perdurer voire s'amplifier.
Comme l'indique très bien Brushclub, la stratégie commerciale est passée à la création d'un univers transversal et transmedia accessible à tous publics. La licence est apparu dans les BD, les animations, les jeux vidéos STR et stratégie au tour par tour, évidemment, mais aussi FPS et RPG. Elle est sur mobile (avec le jeu Tacticus). Des jouets "action figures" sont sorties et une série va être tournée.
Warhammer devient donc mainstream.
Ce qui est économiquement cohérent : plus de vecteur = plus de produits = plus de revenus (direct ou royalties).
Le corolaire cependant : le jeu lui même devient secondaire, la cohérence de l'histoire et le maintien d'une communauté est un paramètre parmi d'autres dans la création de produits mettant en avant la licence.
En résumé, le lore est devenu tellement complet et les licences tellement connues qu'ils finissent par prendre le pas sur le jeu lui-même.
Conclusion : le deuil.
De tout ce qui précède je dois en tirer une conclusion : si je suis amoureux du lore et que j'ai un attachement quasi mystique avec cet univers, le développement du jeu ne correspond plus à mes attentes et à ma façon de jouer.
C'est là où je comprends mes rechutes, en appliquant les 7 étapes du deuil :

Je suis longtemps resté dans la phase de marchandage, mais maintenant je vais passer aux phases suivantes.
Parler de deuil, c'est un peu fort pour un jeu de plateau, non ?
Non.
Parce que ce jeu, c'est plus qu'une partie de tarot. C'est une communauté, un univers imaginaire, des souvenirs qui remontent à mes 14 ans. Il a été ma bouée à plusieurs étapes difficiles de ma vie. C'est un lien fort avec mon défunt père, qui était figuriniste et à qui j'ai montré mes premières oeuvres. J'ai bossé en tant qu'étudiant dans des magasins Games pour payer les études et le hobby. Je me suis investi en temps et en argent, j'ai des tonnes de trucs qui attendent un montage/peinture.
Aussi, se détacher de ce jeu, c'est aussi se détacher de cet univers (car je suis un peu monomaniaque avec mes hobby ...) et donc mettre de côté des années de ma vie, des références évidentes, des valeurs sécurisantes.
Aussi, pour moi, me résoudre à mettre de côté W40K en tant que jeu de figurines, c'est comme rompre avec un ami d'enfance. Parce que chaque figurine de W40K, je peux vous dire quand je l'ai peinte, ce qui se passait à ce moment là, mais aussi où je l'ai joué et avec quel ami.
Bon, je vais pas rompre complètement non plus, dans un premier temps. Je souhaite monter deux patrouilles pour jouer avec mon fils, je garde des projets de montage de titans et de décors. Je vais continuer à lire les livres (Les bouquins sur le commissaire Ciaphas Cain sont super).
Mais je vais me tourner vers OPR pour jouer, comme alternative. Je ne ferai plus de nouvelle armée GW et je vais passer dans mon stock pour revendre ce qui y traine.
Et à terme, j'arrêterai et garderai dans mon armoire ces figurines guerrières peintes, dont je serai le seul à comprendre la signification profonde dans ma vie.